Mme Sorgues – La femme la plus dangereuse d’Europe – Place de la République à Paris – Avril 1907

Mme Sorgues - La femme la plus dangereuse d'Europe - Place de la République à Paris - Avril 1907
Mme Sorgues – La femme la plus dangereuse d’Europe – Place de la République à Paris – Avril 1907

Antoinette Durand naît le 17 avril 1864 à Paris, dans le 8ème arrondissement, 6 rue Balzac.

Antoinette est une jeune femme cultivée, douée d’un grand talent oratoire.
Dans la lignée de ses père et grand-père, elle affiche très vite des positions politiques avancées et engagées.
Elle épouse le 16 février 1885, à Nice, Jean Baptiste Auguste Cauvin. Auguste Cauvin, autodidacte, a créé un journal satirique en 1880, « Le Fantasio », racheté par le maire de Nice en 1883 il renouvelle l’expérience aussitôt et crée avec son frère un autre journal satirique « Le Diable à quatre » où il dénonce des malversations locales ; condamné pour diffamation, il se réfugie en Italie, à San Remo, où il fait la connaissance d’Antoinette. Il continue sa carrière de journaliste, militant révolutionnaire, et devient rédacteur du « Soir » sous le pseudonyme de « d’Arsac » (nom du domaine de son épouse).

Antoinette de son côté met ses qualités oratoires au service du socialisme en Aveyron et utilise son renom pour répandre ses idées au plan national, voire international. Élégante, toujours vêtue d’un corsage rouge, elle prend avec aisance la parole dans les congrès et réunions du parti socialiste.

Ses talents, sa réputation, son engagement, la conduisent à participer à des mouvements en 1905 et 1907 dans de grandes villes de l’Italie du Nord : Turin, Milan, Gênes.
Elle contribue à l’organisation de la grève des dockers en Angleterre.
Avec son époux, elle crée en Amérique du Sud une colonie anarchiste qui est un échec.
Elle diffuse en Grande Bretagne les idées et les méthodes syndicalistes françaises, ce qui fait dire qu’elle est « la femme la plus dangereuse d’Europe“.

Elle se positionne contre les anarchistes et les anti-parlementaires en faveur du droit de vote des femmes bien qu’elle pense que :
« la femme prolétaire ne s’émancipera qu’en menant la lutte syndicale, c’est-à-dire la lutte économique ».
Elle prône également la disparition de « l’immorale structure familiale »du mariage, la liberté sexuelle et celle de l’avortement.
Elle revendique l’égalité des femmes, persuadée que seule leur émancipation économique leur permettra de l’atteindre.

« La citoyenne Sorgue », comme on avait coutume de l’appeler dans les milieux socialistes, était la petite-fille du philosophe français Antoine Durand (dit Durand de Gros), fille du médecin fouriériste Joseph-Pierre Durand de Gros et petite fille du général russe Pierre Chripkoff attaché militaire à l’ambassade de Russie à Washington. Cultivée, douée d’un grand talent oratoire, elle fit, du département de l’Aveyron où elle fonda plusieurs groupes socialistes, le tremplin d’une action révolutionnaire qui s’étendit à Paris et à toute la France et même aux pays voisins, notamment à l’Italie.
Elle était une militante élégante qui arborait toujours un corsage de soie rouge dans les réunions et les congrès du parti socialiste.
Elle épousa Auguste (Jean Baptiste) Cauvin dit d’Arsac le 16 février 1885 à Nice. Son mari né le 4 mars 1856 avec les prénoms de Gian Battista à Contes-Sclos. Il tire son surnom du domaine où résidait les parents d’Henriette à Sainte-Radegonde dans l’Aveyron. Ce journaliste belge était lui-même un militant révolutionnaire.
Elle adhérait au PSR de Vaillant et elle représenta trois de ses groupes de l’Aveyron aux congrès généraux socialistes de Paris, salle Japy (décembre 1899) et salle Wagram (1900). Elle adhéra au Parti socialiste de France dans lequel elle entraîna la plupart des groupes de l’Aveyron après l’affaire Millerand. Elle les représenta au congrès d’unité à Paris, salle du Globe (avril 1905) et elle représenta la fédération socialiste SFIO au congrès de Nancy (1907). À ces dernières assises, elle déclara : « Je ne crois pas que la femme s’émancipera par le bulletin de vote. Je crois que la femme qui nous intéresse, qui est la femme prolétaire, ne s’émancipera qu’en menant la lutte syndicale, c’est-à-dire la lutte économique ». Son antimilitarisme, son goût de l’action directe la rapprochent de Gustave Hervé.
En 1907 et en 1908, elle participa à des mouvements de masse dans les grandes villes de l’Italie du Nord, Gênes, Turin, Milan. Le 28 mai 1908, elle fut invitée à parler à un cortège suivi d’une fête des enfants des grévistes de Milan. Elle fut arrêtée et traduite devant la cour d’assises sur l’accusation d’apologie du régicide.

Avant 1914, elle participa à l’organisation de la grève des dockers anglais. Elle fonda avec son mari une petite colonie anarchiste en Amérique du Sud qui fut un échec total. Son antimilitarisme laissa la place au soutien à la défense nationale. En 1914, elle mena, au nom du gouvernement français, auprès de ses amis socialistes italiens et anglais (Ramsay Mac Donald) une campagne d’information. Elle essaya, comme son père et son grand-père, de mettre ses idées en pratique sur le domaine d’Arsac. Ce fut un échec total et son domaine fut peu à peu vendu. Les anciens de la commune se rappelent de cette superbe jeune femme haranguant les ouvriers de son domaine au moment du « quatre heures aveyronnais », habillée d’un grand chapeau et d’un foulard rouge. Dans la région, les agriculteurs l’appelaient la « femno del diaplès » (la femme du diable).

La guerre mit fin à son action. La « Louise Michel aveyronnaise », prononça le 18 juin 1921 au théâtre de Rodez (Aveyron), une conférence sur la « nécessité de la reconstitution du Bloc de gauche » qui déçut ses auditeurs. « Hélas, écrit l’un d’eux, il fut donné à tous de constater que ce n’était plus notre Louise. Elle voulut bien se déclarer socialiste et syndicaliste, très fière de porter l’insigne de la Fédération des mineurs mais poussa une charge à fond contre la Révolution russe ». Elle vivait le plus souvent en Angleterre et elle mourut dans un hôtel à Londres en février 1924.
Très appréciée dans les milieux travaillistes, elle s’était rendue à Londres comme envoyée spéciale du journal L’Indépendance belge, avec la mission d’interviewer Ramsay Macdonald, premier ministre, John Clynes, Lord du Sceau privé et David Lloyd George, du parti libéral qui soutenait le gouvernement sans y participer.
Elle fut incinérée au Colombarium de Golders Green.

Madame Sorgue, syndicalist, the most dangerous woman in Europe,‘ with her Buffalo Bill hat and crimson corsage splashing the congresses of European labour… she was a slashing, picturesque figure, a tall, narrow-hipped, full-busted woman — a real ‘ angel of the revolution.’ ” Desmond Shaw, Labour , The giant with feet of clay.
Madame Sorgue, referred to by the police as “Mme. Trouble, Europe’s most dangerous woman” and as “The Stormy Petrel” and “La Belle Anarchiste” had an important role in spreading the ideas and methods of French syndicalism throughout Britain, as well as being active on an Europe-wide basis.
La citoyenne Sorgue’ as she was known in socialist circles, was from a wealthy background, the grand daughter of the French Antoine Durand and of the Russian general Piotr Chripkov, military attaché to the Russian embassy in Washington, and daughter of the Fourierist doctor Joseph-Pierre Durand de Gros.
She had a key role in founding several socialist groups in the department of the Aveyron, where she was brought up (her name Madame Sorgue derives from the name of the river that runs through the department but may also involve an anagram of her surname Gros and sorge, ta German word for trouble). A gifted orator, she was also a journalist, working first on the daily the Journal des Débats. She married a journalist Auguste Cauvin, another journalist (who also used a pseudonym-D’Arsac- after the estate owned by the Durand de Gros family) who also had similar ideas to her. In 1884 they attempted to set up a Fourierist colony in Brazil but this turned out to be a total failure and they were forced to return to France after several months. She tried, like her grandfather and father, to put her ideas into practice at Arsac, but again this proved to be a failure and the land had to be sold. Local inhabitants recalled her haranguing the workers of the estate on socialism during their breaks and singing the International. She was known by local peasants as the “femno del diaples ( local dialect for the devil’s woman).

In 1905 she supported the strike of textile workers in Limoges where the droit de cuissage (sexual harassment of women workers by bosses and foremen) was one of the main causes of the strike. It was only she and the anarchists who really highlighted the problems this posed. She praised the courage of the women workers, adding that “Wherever I go, in the North, in the Midi, in the East, in the West, in the Centre, in France and abroad, it is the same indignant protest I gather from the mouths of the wives and daughters of workers: we are the victims of the lubricity of the males of the bourgeoisie and of the foremen”.
Breaking with bourgeois feminism, she attacked the institutions of marriage and the family. In March 1906 the Courrieres Colliery disaster in northern France claimed the lives of one thousand, one hundred and one miners. In the outbreak of protest and the strike that followed, 2,000 anarchists and syndicalists led by the anarchist miner Benoit Broutchoux and by Sorgue converged on the town hall and attempted to storm it, but were beaten back by the police.
In 1907 she was deeply involved in the strike of the women cheesemakers at Roquefort. This not only involved the appalling conditions that these women had to suffer, but the same sexual harassment that the women workers of Limoges had protested against.

In 1908 she remained seated when King Carlos of Portugal entered the Lisbon International Peace Conference. He had her imprisoned at Oporto as a result. Thousands of workers demonstrated in Lisbon against this and the authorities then decided to expel her, sending her down the Tagus accompanied by a gunboat because a demonstration in her support was taking place in Lisbon. In 1907 and 1908 she took part in the mass movements in Northern Italy in Genoa, Milan, and Turin. She was invited to speak to a demonstration to be followed by a party for children of strikers in Milan. As a result of this she was arrested for apologising for regicide for calling for the assassination of Victor Emmanuel (which she denied). She was acquitted but still had to serve a long prison sentence on the charge of anti-militarism!
She headed the women’s hunger march on Tower Hill in London during the 1912 dockers’ strike. She also took part in the agitation during the Tonypandy strike. Many times she had to escape from hostile mobs. She was the only woman present at the 1910 Seamen’s conference in Antwerp, speaking there for the French dockers. In 1911 she spent some time in Hull, during and perhaps after the June dockers’ strike, where she did much agitational work, endearing herself to many workers in Hull. There she was under considerable pressure from the ship-owners, merchants and the authorities. In this period she did much to popularise the new ideas of French syndicalism, speaking in Scotland, England and south Wales and supplementing the work of Tom Mann and the Industrial Syndicalist Education League. She visited Glasgow on several occasions where she addressed mass meetings.

She now spent most of her time in London and died there on 18th February 1924. She was found dead in bed at the Bonnington Hotel on Southampton Row, apparently of a heart attack.